" Souffrez donc, Monsieur le ministre, que je décline l'honneur que vous avez cru me faire. J'ai cinquante ans, et j'ai toujours vécu libre. Laissez-moi terminer mon existence, libre; quand je serai mort, il faudra qu'on dise de moi : celui-là n'a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime, si ce n'est le régime de la liberté́! "

Extrait de Lettre à la Liberté́ du 23 juin 1870, écrite par Gustave Courbet pour annoncer son refus de sa nomination au titre de chevalier de la Légion d'honneur

Dernière étape à la Vrine avant l'Exil

Le mercredi 23 juillet 1873, à quelques kilomètres de la frontière suisse, à l'Auberge de la Vrine, le peintre Courbet, accompagné d'Edouard Ordinaire, son ami, attend la voiture fermée qui lui permettra de rejoindre discrètement la Suisse. Le temps presse, son procès pour le déboulonnage de la colonne Vendôme lors de l'insurrection de la Commune, se tient le lendemain. Tout laisse présager qu'il sera condamné à rembourser à l'État, une somme de près de 300 000 francs, correspondant à la remise en place du Monument. Pour échapper à la ruine et à l'emprisonnement, il sollicite l'aide d'amis sûrs de Pontarlier. Charles et Lydie Joliclerc ainsi que madame Marlet, rejoignent les fugitifs vers 17 h. à la Vrine, et les conduisent aux Verrières. Le choix de cette auberge n'est pas dû au hasard. Isolée, située sur la route d'Ornans à Pontarlier, elle est surtout la propriété́, d'un sien parent, Jules-César Fernier. Pour Courbet son installation en Suisse est provisoire, mais ses démêles avec le pouvoir français, hostile à la Commune de Paris, le contraignent à prolonger son exil. En 1877, la santé de Courbet se détériore rapide- ment. Dans la nuit du 31 décembre, le «Maitre d'Ornans» décède dans la petite bourgade de La Tour-de-Peilz, au bord du lac du Léman, où il louait une maison.

Extrait de la correspondance de Courbet, Petra Ten-Doesschate Chu, Flammarion, 1996

Versailles, 21 juin {18}71

A Monsieur le ministre J. Simon

Mes intentions à propos de la colonne Vendôme. Comme je l'ai déjà̀ dit, c'est influencé par le vœu populaire qui attribuait au monument commémoratif de nos succès guerriers cette seconde invasion, et aux guerres qu'elle éternisait, tous les désastres de la France; et c'est après en avoir référé́ aux artistes dans une assemblée générale où il fut décidé́ que les idées de ce temps et la morale actuelle répudiaient les guerres et les victoires de ce genre; d'autre part, que ce monument était une affreuse copie de la colonne Trajane et sans valeur d'art qui lui appartienne, que j'adressai au gouvernement, dit de la Défense Nationale, la proposition par laquelle j'émettais le vœu que cette colonne soit déboulonnée et transportée pour être disposée en musée dans la cour des Invalides. La Chambre ne donna pas cours à cette proposition. Là finit mon action vis à vis de cette colonne, il n'en fut plus reparlé, je n’y tenais pas davantge [...]

(Maisières} Dimanche 20 juillet {18)73

Ma chère Lydie (Joliclerc),

Le moment du départ est arrivé́. Les tribulations s'avancent et vont finir par l'exil. Si le Tribunal, comme tout le fait croire, me condamne à 250 000 francs, c'est une manière d'en finir avec moi. Il s'agit maintenant de sortir adroitement de France, car, d'après, la condamnation c'est 5 ans de prison ou 30 ans d'exil si je ne paye pas. Dans ce cas nous allons monsieur Ordinaire et moi, partir pour la Vrine et nous y serons mercredi à 5 h. de l'après-midi. Nous comptons sur vous pour venir nous chercher soit Joliclerc soit le docteur, soit monsieur Pillod, avec une voiture fermée, et nous transporter d'un seul trait au Verrières, où nous dînerons. Dans tout ceci il faut un secret absolu. Par conséquent nous comptons sur l'un de vous, sans que vous ayez besoin de nous répondre. Il n'y a pas de temps à perdre, le procès se juge jeudi j'adresse ma lettre à Madame Pillod en cas que vous soyez à Morandval. Tout à vous mes chers amis, collectivement.

Il y a 150 ans, Gustave Courbet, maître d'Ornans,
fuyait la France pour la Suisse afin d'éviter son procès relatif à la colonne Vendôme.

La Vrine n'a pas oublié.

C'est un sentiment étrange que de se trouver en un lieu où il y a 150 ans, un homme a fui en Suisse en quittant son pays natal qu'il avait tant aimé et peint. Cet homme avait décidé de fuir non pas ses responsabilités, mais pour conserver sa liberté.

En effet, son procès relatif à la colonne Vendôme s'ouvrait le 23 juillet. Gustave Courbet sentait ou serait désigné coupable.

Lieu symbolique

Il écrit à son amie Lydie Joli-clerc le 20 juillet 1873: "Le moment du départ est arrivé.. Il s’agit maintenant de sortir adroitement de France car, d'après la condamnation, c'est 5 ans de prison ou 30 ans d'exil si Je ne paye pas. Dans ce cas nous allons, monsieur Ordinaire et moi partir pour la Vrine et nous y serons mercredi à 5 heures de l'après-midi."

Insistant sur la nécessité d'un secret absolu, le rendez-vous avait été donné pour les transporter avec une voiture fermée aux Verrières.

150 ans plus tard, André Napiot et sa famille, propriétaires de l'établissement du Relais du Terroir - situe dans ancienne Auberge de la Vrine, passionnés de fromage mais aussi de Gustave Courbet, ne pouvaient manquer de marquer cet anniversaire et d’y convier une centaine d'amoureux du maître

La visite de l'exposition de Sophie Bourgon et la semaine des copistes de l'institut Courbet lui ont donné l'idée de monter une exposition de copies d'œuvres de Courbet dans l'établissement. « Mais pourquoi Courbet à la Vrine ? Parce que c'est un des lieux symboliques du parcours du peintre. D'une part, c'est de là qu'il fuit en exil. 

Préparation du départ.

Janvier 1873

Pendant tout l’hiver 1872, Courbet sent que sa santé se détériore. Il est atteint de rhumatisme et son foie ne cesse de grossir. Il est pris d’une anxiété qu’il a de la peine à décrire.

Il veut se rendre à Paris pour se défendre au sujet de la Colonne Vendôme. En effet, 23 députés de la majorité ont décidé de lui infliger à lui tout seul les frais de la reconstruction. Il veut aussi se rendre en Suisse. Il écrit à Castagnary, le 24 janvier 1873, et s’inquiète pour l’enlèvement de ses tableaux de la Rue Hautefeuille et du Vieux-Colombier. Ceux-ci devront être envoyer à Pontarlier chez M. Joliclerc, car de là il les fera transporter en Suisse lorsqu’il aura loué un logement.
(PTDC p. 422 / 73-59). 

 

Mars 1873

19 mars 1873, Courbet écrit qu’il ne faut pas avoir peur, pour écraser l’infâme. Il a pour lui toutes les démocraties, tous les peintres étrangers, les Suisses, les Allemands. Il ne veut plus pendant sa vie exposer en France. Il poursuit en écrivant que l’exposition de Vienne a été la chose la plus heureuse de sa vie et la plus sympathique pour lui. Il est l’ami avec tous ces peuples-là; il a les mêmes moeurs qu’eux. Il continue en proclamant au sujet de la France, qu’il n’en a jamais été !

Ces natures françaises lui déplaisent ! Il est difficile pour lui de quitter son pays natal, mais s’il était en décentralisation, il habiterait fort peu la France.
(PTDC p. 436 / Lettre à Jules Castagnary / 19 mars 1873 / 73.23).

Il autorise M. Legrand à déménager ses tableaux entièrement de ses deux logements, de la Rue Hautefeuille et de la Rue du Vieux-Colombier. Il accorde aussi le droit à M. Duval à réclamer à son beau-frère Reverdy, les clefs de ces logements et de les conserver à son étude, afin de pouvoir déménager sous le couvert de l’exposition de Vienne tous ses tableaux à lui et anciens, précise-t-il. (PTDC p. 437 31 mars 1873 73-25).

 

Mai 1873

Le 18 mai 1873, Courbet écrit qu’il travaille aux commandes faites. Quand il les aura finies, il sera obligé d’aller encore à Genève et à Neuchâtel faire les paysages qui lui sont commandés, avant qu’il se rende à Vienne. (PTDC p 440 73-30 18 mai 1873).

 

Juin 1873

C’est à sa soeur Zoé Reverdy qu’il envoie ce message dans lequel il écrit que dans quelques jours, il indiquera à M. Durand-Ruel qu’il devra envoyer en Suisse ses tableaux qui sont en Belgique, à Londres et à Vienne sans passer par la France. (PTDC p . 73-32 Ornans 15 juin 1873).

Dans la seconde moitié du mois de juin, il contacte son autre soeur Zélie pour lui indiquer qu’il a renoncé à aller en Suisse, puisque qu’il n’est pas sorti sous la Commune et qu’il ne voit pas pourquoi il s’en irait maintenant. Il a un tas d’affaires qui le tuent et qui n’en finissent pas.
(PTDC p 443 73-34 / Ornans, juin 1873).

 

Juillet 1873

va partir pour la Suisse par Pontarlier. Il tâchera de passe par Flagey. Si il n’a pas le temps, il ira tout droit chez le docteur Gindre et les Pillot le conduiront en Suisse, pas loin depuis Salins ou Pontarlier. Il y a une ou deux heures de chemin de fer.
(PTDC p. 446 73-37 Ornans, juillet 1873).

Il partira le mercredi 23 juillet, car son procès s’ouvre le lendemain.
(PTDC p. 448 73-39 A Charles Blondon, dimanche 20 juillet 1873).

A sa soeur Lydie, il écrit que le moment du départ est arrivé. Les tribulations s’avancent et vont finir par l’exil. Si le Tribunal, comme tout le fait croire, le condamne à 250 000 F, c’est une manière d’en finir avec lui. Il s’agit maintenant de sortir adroitement de France, car, d’après la condamnation, c’est 5 ans de prison ou trente d’ans d’exil s’il ne paie pas. Dans ce cas, ils iront, M. Ordinaire et Courbet, partir pour la Vrine et ils seront mercredi à 5 heures de l’après-midi. Ils comptent sur Lydie (ou Joliclerc, ou le Docteur Blondin ou M. Pillod) pour venir les chercher avec une voiture fermée et les transporter d’un seul trait aux Verrières, où ils dîneront. Courbet insiste pour un secret absolu. (PTDC p. 448 73-40 Dimanche 20 juillet 1873).

A ses soeurs Juliette et Zélie, Courbet précise ses intentions qu’il ira les voir en partant pour la Suisse et qu’il y sera dans un Eldorado comme disait Max Buchon. Il n’y aura pas beaucoup de distance pour venir le voir et ce sera une distraction. Son père l’y pousse. Il dit qu’il y tient et qu’il n’a jamais vu la Suisse. (PTDC p. 449 73-41 Dimanche 20 juillet 1873).

Gustave Courbet écrit à Jules Castagnary et d’une main d’orfèvre, il pose la dernière pierre de son évasion en évoquant qu’il souffre d’une maladie du foie et d’un commencement d’hydropisie et qu’il part pour les eaux de Vichy, d’où il lui écrira tout de suite.
(PTDC p 450 73-42 Massières, lundi 21 juillet 1873). 

Comme cette dernière lettre devait être lue par Maître Lachaud, il parle d’une cure thermale. Castagnary a sûrement été au courant de cette ruse. Il est évident que son point de chute va être Saillon-les-Bains en Valais où il va passer la fin de l’été seul à l’abri des curieux et se refaire une santé.

« Nous sommes heureux comme dans un Paradis, affirme-t-il à ses parents, et en parfaite sécurité. » Il erra, d’abord, pourtant à l’aventure, en quête d’une demeure tranquille. On le vit aux Verrières, à Fleurier, dans le Val de Travers, comme jadis Jean-Jacques Rousseau, ä Lausanne et à Fribourg. Enfin, il se décide à rester sur les bords du Lac de Genève (sic Léman), à Vevey.

Mais cette ville, un peu internationale pourtant, ne lui fut tout d’abord pas favorable, excitée, sans doute, par Jomini, agent secret du gouvernement français. Le maître trouva enfin un refuge calme et pittoresque aux portes mêmes de Vevey, à La Tour de Peilz.
(p. 351 Riat)

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